Effets de la pauvreté durant l’enfance sur les trajectoires jusqu’à l’âge adulte

Ce projet de recherche se consacre à l’étude des trajectoires de pauvreté en France, de la petite enfance à l’âge adulte. Il vise à comprendre comment la pauvreté, à différentes étapes du parcours de vie, influence durablement les trajectoires individuelles, en évaluant l’ampleur de ses effets et leur caractère cumulatif. L’objectif est d’analyser les mécanismes par lesquels la pauvreté agit, depuis divers aspects du développement jusqu’à des résultats à plus long terme, tels que le développement cognitif et socio-émotionnel, les parcours scolaires, l’insertion professionnelle, ou encore les conditions de vie à l’âge adulte. Ce projet de recherche adopte donc une perspective intergénérationnelle, en analysant l’impact de la pauvreté héritée du milieu familial, et une approche intragénérationnelle, en suivant les parcours des enfants confrontés à la pauvreté sur une longue période. Un des principaux objectifs est également de mieux définir et comprendre ce qu’est un « enfant pauvre », au-delà des indicateurs conventionnels (monétaires, conditions de vie) qui ne prennent pas totalement en compte les besoins essentiels au développement de ces jeunes individus. Bien que nous ne disposions pas encore en France de données longitudinales permettant de suivre des individus de la petite enfance à l’âge adulte, il est cependant possible de reconstruire ces trajectoires, en séparant les effets de la pauvreté durant la petite enfance de ceux de l’adolescence jusqu’à l’âge adulte.

Ce projet de recherche fait l’objet d’une convention de doctorat avec France Stratégie.

Une première étude s’est attachée à comprendre comment, et à quel point, la pauvreté persiste d’une génération à l’autre en France ? Pour y répondre, l’étude suit une cohorte d’élèves pendant seize ans, de leur entrée au collège jusqu’à l’âge de 26-27 ans (entre 2007 et 2023). Nous montrons que plus l’exposition à la pauvreté en sixième est intense, plus les conditions de vie à l’entrée dans l’âge adulte sont défavorables : sortie précoce du système scolaire, probabilité accrue de n’être ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET), et en emploi de percevoir un bas salaire (parmi les 20 % les plus faibles de la cohorte). Ces écarts entre les jeunes exposés et non exposés à la pauvreté restent significatifs après contrôle d’un large ensemble de caractéristiques familiales et sociodémographiques au début de l’adolescence. En outre, les effets de la pauvreté sur les trajectoires diffèrent selon le sexe : il existe une « surpénalité féminine » en termes de probabilité d’être NEET et de percevoir un faible salaire, dans le sens où la pauvreté pénalise encore plus fortement les femmes que les hommes.

Pour éclairer les mécanismes de cette persistance, l’étude décompose l’effet de la pauvreté à l’adolescence en effets directs et indirects, via trois médiateurs principaux : le niveau de diplôme atteint, la parentalité et le contexte socioéconomique de la commune de résidence en début de vie adulte. Les canaux diffèrent selon le sexe : chez les hommes, le diplôme concentre l’essentiel de l’effet ; chez les femmes, la parentalité accroît nettement le risque d’éloignement du marché du travail, quand il a l’effet inverse chez les hommes. Enfin, la pauvreté agit tôt et durablement sur le diplôme, principal médiateur de la probabilité d’être NEET, via des canaux scolaires observés en sixième : les difficultés précoces concentrent l’essentiel de la médiation conduisant à une sortie du système scolaire sans baccalauréat, tandis que d’autres facteurs – tel le contexte social du collège – réduisent également les chances d’obtention d’un diplôme de niveau élevé.

La pauvreté en héritage